brume sur Marseille

C’est bête mais il faisait un matin à aller traire, vers les six heures. Un matin de Normandie... de Jura, d’Isère ou de Margeride... Un matin tout plein de
brouillard et de mésanges amoureuses. Mais on n’a pas entendu sonner. Ni les clarines à leur col, ni l’angélus de sept heures. Mais il n’a pas fallu poser les
pieds dans les bottes, ni les bottes dans la boue. Mais il n’a pas fallu assoupir sa tête à leur flanc tiède... pour les rassurer. Mais on n’a pas pu ouvrir la bonde et faire mousser le lait blanc dans le bol blanc.

Las ! mes vieilles amours...

Les cyprès et les oliviers humides encore de la pluie d’hier, leurs troncs noirs... que la neblo enmantello. C’est cela que tu contemplais, Antigone ?

« [Je viens] de me promener, nourrice. C’était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C’est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs. » J. Anouilh

Oh ! je n’échangerais pas pour toutes les brumes du Nord, des vallées ni des  marécages, ni pour celles de mon cœur, ni pour toutes les brumes des mensonges qui trainent à la surface de la terre... celle qui a enchanté notre  après-midi studieux ! Nous avons cherché l’inspiration dans ce ballet de fées
qui montaient de la mer furtives et affairées, translucides au soleil.
Et La Major caressée de voiles en toile de nuage !
On l’aurait crue sur une île comme un phare...