liberté chérie



Il est bon le silence de la tâche achevée
de l'atelier épousseté
de la table de cuisine où l'on étend un papier
pour quatre mots.

J'ai fait ce soir des chaussons de pâte, de petits pâtés à la viande, comme les contait Daudet. Ils sont dix _ j'en ai mangé un_ en rayons sur la grille.
Maintenant le cade et la myrte fument leurs volutes.
Dans la cocotte éteinte, on entend encore l'eau qui bouillotte.
J'attends sans attendre.
Sans espérer, j'espère.
Vivre est silencieux autant que sonore, n'est-ce-pas ?
Il me souvient cette maison où j'avais mis fleurir l'iris, la marguerite et la giroflée. "Songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble !"
Il y a une petite tristesse au coin de mon cœur, presque à l'épaule, au creux du cou. Un tremblement sous la pommette qui saille, là où tu avais creusé ma joue d'un baiser de tes lèvres.
Et c'est la lutte sur tous les fronts, la police des mœurs pour ne pas jeter sur toi les filets de mon désir. Ta liberté m'est un trésor. Je veux t'aimer. Je veux t'aimer. Je veux t'aimer !
Il ne faut pas effrayer un homme. Il s'enfuit vite. Ou tue.
Frère Silence, raconte-moi la petite flamme qui loge au fond et qu'on ne voit jamais, qu'il faut toujours chercher, jamais étouffer ; quand on lui a porté du bois ! ; et le public qui voyait un grand feu !
Raconte-moi la petite graine germinative qui ne fane jamais et fait croître les prairies ; les oiseaux si nombreux qui nichaient à cet arbre !...
Dors.
... ses lèvres
- Salon de Provence - 13-14 février 2018, à la minuit -

rivages

Que vaut le ciel bleu
Sans le clair de tes yeux ?
La douceur du climat
Sans celle de ta voix
Pour la chanter.
Où es-tu ?
À quel grain de givre accroché,
Quand ici d'un ravissement,
En un mouvement
Ravins et collines se sont embrasés !
Tu t'es tu.
Aux replis de mon âme
Reflue sans cesse
Ce que nous partageâmes
De voix, de caresses...
Aux silences étonnés.
Je n'ai pas assez de toi.

Salon-de-Provence - 9 février 2018

manifeste pour une insécurité

Tiens la fenêtre ouverte, ami.
Un rayon de soleil est entré ?
Un oiseau ? 
Tiens la fenêtre ouverte.
Peut-être le rai brillant découvrira-t-il la poussière.
Peut-être la lumière crue tracera-t-elle des ombres.
Peut-être tachera-t-il ton tapis, le passereau.
Peut-être te mangera-t-il trois grains de riz.
Tiens tout de même la fenêtre ouverte.
Et si c'était une femme ?
Dans l'immobilité de ton hébétement, tant que tu tiens la fenêtre ouverte, le soleil et l'oiseau t'enseigneront leur mouvement.
La vie si bien gardée pour de meilleures gloires mourra si elle ne s'élance comme eau de torrent, comme chant d'alouette.
Laisse ouvert.
Appelle l'inoffensif oiseau.
Invite le rayon de soleil timide.
Danse avec eux.
Veux-tu vivre sans mourir ?
Veux-tu vivre ?
23 janvier 2018
Salon-de-Provence

co-création

J’ai envie d’écrire un poème
Il y a trop longtemps
Un poème empli de visages
Pour leur dire merci
Pour poser des baisers sur leurs joues,
Sourire à leurs yeux

Il est un acte éphémère _ et pourtant_
qui est de créer.
Créer à un corps, créer à deux corps
Créer à une voix, deux, douze
Rien ne reste _ que de l’avoir fait
  Seul le temps et l’espace
                       sans en garder trace
  ont été bousculés d’un mouvement
                       d’une grâce

Seul l’un à l’autre se sont arrachés
                       quelque chose
Et se sont offerts
                       autre chose

Que reste-t-il ? qu’un trou
                       Et ferme les paupières pour y couler
l’onde reçue, qui ne le comble pas, mais comme l’excite.
La conque qu’on creuse dans le sable
                       près le rivage
                       et que la mer vient avaler par en-dessous.

L’instant revient.
Et l’on est plus présent encore.
les regards attrapés, ou l’oreille qui veut tout saisir
le pouls près de la chair
JOIE !


S’éteint.
Quel dieu était là ?  toi l’homme
               En la merveille de corps, que tu as, vif dans le temps

Serait-ce l’éternité ?
                       l’insaisissable création
                       déchirure accueillant les flots
                       roche soulevée de danse, chantant

Que reste-t-il ?
              Que le désir de poser des baisers sur leurs joues _jeu de joie
                                                de sourire à leurs yeux _ ô joie
                                          aimer comme l’enfant
                                  poser une tuile sur un toit
             creuser d’un doigt, fouir la graine en terre, tasser du poing
lâcher la feuille de laurier flotter sur l’eau des lentilles

tirer l’aiguille d’une robe

épeler l’alphabet à la petite voix qui répète.



merci
et je suis là
car Tu es là


22.02.2017 à la minuit
Salon de Provence

de Henri BOSCO, Mon Compagnon de Songes

les chemins
"s'ils serpentent (car ils serpentent), c'est qu'ils ont été faits petit à petit par des hommes qui aimaient réfléchir en revenant des champs vers leur maison."

la vie comme une mer

La ville avait son décor naïf ce matin. Je n'y appartenais déjà plus.
Un train traînait.
Les bouchons bouchonnaient.
Un soleil de septembre lève sur des arbres verts.
C'est joli.
Dessus, l'ombre marquée des immeubles carrés.

Un dernier coureur cycliste.
Le premier aster de parme douceur.

À moi demain la violence retrouvée, des roches vives et du jour blanc de bleu.

Soir.
Amarres larguées, libre ?
Oui, libre pour le voyage, le péril, les étoiles, les terres neuves, la tasse bue mais le thé de toutes les latitudes, aux portes ouvertes.
Je vois mes bras maigres empoigner la force et l'urgence à serrer les drisses et les haubans.

Ô mer…
La vie comme une mer.

tradition-innovation

Mais l'aujourd'hui a un hier et un demain. L'en déshériter, c'est, en lui niant la vie reçue et la vie féconde, le suspendre à l'inexistence, malgré sa consistance palpable.
L'eau qui ruisselle n'est vive que de descendre de la source à la mer. Suspendre sa course, n'est-ce pas la faire mourir ?

dimanche après-midi

Soeur Solitude, qui êtes mère d'oeuvre,
Vous fermez le carreau qui regarde l'azur
Sur le coeur béant et votre étreinte navre
Son chant ; à la source reflue quérir plus pur

L'homme en lui seul où palpite silencieux
L'Amour incréé qui l'a créé. Emplissez
Les cavernes où sonne l'écho du chant des Cieux
De lianes et de roseaux, et d'arbres assez

Hauts, que le merle ébloui brisât le carreau
Pour danser parmi les feuilles _ Oh ! Serrez l'eau,
Mère Solitude, des sources qui se fuient ;

S'enchevêtrent, folâtres. La baume en silence
Irrigue du monde la forêt d'où s'élancent
Mille cris, vives vies, tout ivres de leur fruit.

brume sur Marseille

C’est bête mais il faisait un matin à aller traire, vers les six heures. Un matin de Normandie... de Jura, d’Isère ou de Margeride... Un matin tout plein de
brouillard et de mésanges amoureuses. Mais on n’a pas entendu sonner. Ni les clarines à leur col, ni l’angélus de sept heures. Mais il n’a pas fallu poser les
pieds dans les bottes, ni les bottes dans la boue. Mais il n’a pas fallu assoupir sa tête à leur flanc tiède... pour les rassurer. Mais on n’a pas pu ouvrir la bonde et faire mousser le lait blanc dans le bol blanc.

Las ! mes vieilles amours...

Les cyprès et les oliviers humides encore de la pluie d’hier, leurs troncs noirs... que la neblo enmantello. C’est cela que tu contemplais, Antigone ?

« [Je viens] de me promener, nourrice. C’était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C’est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs. » J. Anouilh

Oh ! je n’échangerais pas pour toutes les brumes du Nord, des vallées ni des  marécages, ni pour celles de mon cœur, ni pour toutes les brumes des mensonges qui trainent à la surface de la terre... celle qui a enchanté notre  après-midi studieux ! Nous avons cherché l’inspiration dans ce ballet de fées
qui montaient de la mer furtives et affairées, translucides au soleil.
Et La Major caressée de voiles en toile de nuage !
On l’aurait crue sur une île comme un phare...

rose-femme


« J’étais heureux parce que je croyais que tu m’aimais. »
Ô homme ! Il te suffit de posséder un corps pour croire que tu possèdes ?...
Tu touches et tu es heureux.
Et si le démon de la convoitise ne t’atteint pas, tu vas quarante années ainsi.
Alors elle a fané, elle avait du sens _comme une douceur_ et toi du bon sens _pourquoi as-tu cru que ce n’était rien ?_ La vie l’a érodée _ le sens est une pierre friable_, toi, elle t’a ciselé. Tu n’as pas pensé à lui apprendre le bon sens _hélas, peut-être t’avait-elle dit que c’était de la bêtise_, et elle s’est exaspérée à t’apprendre à écouter, à parler, à caresser, à sourire ; elle ne sait plus s’arrêter de crier _le crois-tu ? ce sont ses cris qui ont ciselé ta dureté_ ; où sont-elles sa finesse, sa patience… les longues tétées par ces nuits sans sommeil, la distribution de mots à l’enfant qui questionne, et même ces pleurs, après les cris, car l’adolescent l’a insultée…
As-tu vu l’églantine, mon homme ? As-tu lu le Petit Prince, et Ronsard ? Sais-tu comme la rose naît fripée _gare ! viennent les temps où si tu ne les as vues, tu vas les voir, ces promesses de femmes dont la gaucherie fait la grâce_ puis s’épanouit, grande ouverte au bon soleil _tu l’aimais, là_ enfin fane, flétrie d’avoir donné, tachée de l’amertume des pluies
Oh ! soit la sève, mon beau, soit la sève ; nourrit ! c’est à toi maintenant, elle t’a de sa jeunesse donné sa beauté, son parfum… car la vie d’une rose n’est pas finie. Et si ce n’est pas toi la sève, ce sera un autre.
Infidèle, tu l’abandonnes parce qu’elle fane, parce qu’elle crie, parce qu’elle ne sait plus ni la finesse, ni la tendresse, parce qu’elle a perdu le sens sans acquérir le bon sens, parce que tu la vois s’apprêter à finir ses jours telle qu’elle.
Ou fidèle, tu la laisses doucement se faner, tu l’aimes encore à travers le souvenir de sa beauté, et puis elle n’a pas trop crié alors tu es resté de la pierre dure assez grossière… elle ne t’a rien demandé, elle ne t’a pas nourri, elle n’a pas creusé la faim en toi, tu ne t’es pas nourri toi-même non plus, te voilà bien incapable d’être sa sève tandis qu’elle fane…
Vois, homme ! Ouvre tes yeux ! Hausse ta tête ! Elargis ton cœur !
C’est trop tard… elle a filé.


Tu connais le fruit de la rose, mon petit homme ?
Il est rouge et brillant, gonflé et lisse, plein de grains… ne l’as-tu pas vu devenir fruit, ta fleur ?
Où étais-tu quand il fallait l’enséver toi ?...
Elle est devenue fruit de l’air du temps, d’art et de musique, de pensées et de danses…
Mon homme… comment n’as-tu pas vu, pas connu tout cela ?
Qu’est-ce qui t’a bandé les yeux ? Tu es resté plat et sec. De marbre et infertile. Mais sa soif t’a creusé, ses cris t’ont ciselé. Tant de choses autres que je ne sais pas t’ont poli, émaillé, décoré, peaufiné… te voilà puissant et fin, profond et plein… Et…dans ce verre les jeunes filles à la peau douce veulent boire.
Je ne crois pas que ce soit l’amour qui monte comme une ivresse au cœur des jeunes filles ! Mais le désarroi.
Tu y gagnes, homme, damnation ! Jeunes encore, elles ont l’esprit et le cœur, la finesse, la patience, la douceur, la tendresse, même l’intelligence et puis, comble !, le rire et la peau vermeille à leur épaule ronde.
Toi qu’as-tu à m’offrir ? Ce visage qui ne s’est pas soigné, où la sagesse _ah !_ a dessiné ses rides, tes habitudes de vieux malpropre (qu’elle l’épousée, la mère, s’est efforcée d’enrayer puis s’est efforcée de supporter _oh ! et maintenant, pour moi, des conseils tu te souviens ? Dérisoire es-tu. Ta tendresse et ta sagesse ? tu ne les a même pas apprises de toi-même, c’est la vie qui t’a forcé à apprendre tout cela ! As-tu une beauté vraie (tes tourments ? je n’ai pas envie de les savoir ! J’ai le temps d’en souffrir moi-même bien assez dans les ans qui s’en viennent) désirable, aimable pour ma beauté ?


Oh femme ! Tu n’es pas en reste et tu es même plus coupable !
Tu nais avec l’instinct du corps et l’instinct de l’âme.
Et puis tu oublies ? Es-tu folle ?
Peu à peu tu ne gardes que ton corps ou tu ne gardes que ton âme. Tu te fais fumer de l’encens dans le cerveau et tu abandonnes ton tablier ?! tu jalouses ton devoir de mère et tu oublies d’être belle et spirituelle ?
N’étais-tu pas tout cela à vingt ans ?
A quoi t’a servi ta sensibilité et par là l’intelligence ? A dissocier l’âme et le corps, à mépriser les devoirs terrestres ? Mais es-tu folle, je te dis ?!
Et puis à quoi t’ont servi les douleurs dans lesquelles tu enfantas ? Ne l’as-tu pas senti se détacher de toi, l’homme nouveau, la femme nouvelle, et une âme éclore ? Rompu ma belle, il est ! Tu peux toujours y donner le sein, ce n’est pas ton âme qui passe en son corps… ! Il est à lui, qu’as-tu !, si vieille à le jalouser ? Et puis, même en ton sein, il n’était pas de toi. Il était de toi ET de ton homme. Il est l’humain du « ET », de l’union. Et toi-même, rappelle-toi, tu ES par Dieu, par ton père ET ta mère, par ton mari, enfin par tes enfants.
Vois les garçons que tu fais. Tu les aspires, folle de désir que tu es _et tu fabriques ceux qui inassouviront leurs femmes_ tu les vides et il ne leur reste que leur nature. Ne leur ôte pas leur être !... tu te souviens ce que c’est l’être ?

ban des vendanges

effervescence en Beaujolais, téléphone qui n'en finit pas de retentir, peuple hétéroclite, esclavage, grappes bleues, grappes mouillées... Et ma jolie huppe de retour.

deman se desmountagno

Sur le petit chemin mouillé de matin, tu t'en vas.
Les trembles ne tremblent pas.
Seule, la lumière, entre deux brumes, s'agite un peu.
Et ces larmes, sous tes yeux cachées, qui frissonnent
De désespoir, et de froid.

L'épine-vinette éclabousse de sang frais
Les campas que l'automne déteint.

Va-t-en ! La brume t'attend là-haut
Et tes bédigues le sel.

Mais qui attend après moi
Qu'auprès lui je m'insuffle ?
      
                 le monde. et personne...

neige en Crau

la neige grésille un peu sur la feuille du chêne roux...
la neige pleure un peu sur la laine des moutons...
la neige fond sur les routes et colle un peu aux champs...
il neige en provence...
un peu...

s'éveille la Crau

Tandis que l'asphodèle dort encor',
Le chardon-marie s'époumone, rubicond.

Eveillant les herbes vertes et blondes,
        bleues et grises.
La fède va pied à pied,
       bercée par ses sonnailles.
Elle a la bouche ardente,
       quêtant sa pitance.

Le petit matin sent le vieux bois de lavande et le caillou.

Candelouso

Nouvè s'acabo, Lebensmühe... et riez mimosas !

du bonheur des choses

Mais ils ne savent pas ... mon bonheur !
La brume et la fumée de bois qui inondent le Rhône, la nuit.
La lune voilée comme une mariée.
Mais ils ne savent pas ... mon bonheur !
La vieille qui m'a redit bonjour !
L'innocence que donne l'amour...
Mais ils ne savent pas ... mon bonheur !

le mas

Grondements de tonnerre
La cigale peine à trouver sa cadence.
Un savant jeu de volets en cabane et de fenêtres closes.
Jésus, tu fais la sieste ?

Siffler en travaillant.
A peiner, peiner en souriant ?
Marthe...

Un bourdon orange suce la fleur de lavande.
Elle est presque sèche.
Je t'aime !
Mais qui ?

Lou pichot plouro.
L'abricot se nommait cascaiaire
et la figue, à la fin d'août, donnera sa larme.